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Pourquoi cela m'arrive-t-il? Pourquoi à moi? |
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Bien souvent je lis ou j'entends cette question: pourquoi cela m'arrive-t-il à moi?
Si nous connaissions ce qui nous manipule à partir de notre « inaccompli », de ce qui est inconscient en nous [1], nous saurions le « pourquoi » des choses...
Pour illustrer ce « pourquoi je fais ceci ou cela », voici relaté le récit de l'un de mes clients:
« Je me souviens de la première fois où j'ai pris connaissance de ce mécanisme qui, parfois, m'animait. J'avais 13 ou 14 ans, et je me trouvais en Angleterre, lors d'une séance de cinéma. À ma gauche, une "copine" que je n'osais courtiser, mais que je souhaitais courtiser. Je me souviens que j'ai commencé à la pincer doucement. Le lendemain, l'hôtesse qui m'hébergeait m'a demandé ce qui m'avais pris de pincer ainsi sa nièce, qu'après tout je semblais bien aimer, et qui semblait elle aussi apprécier ma compagnie...
Je n'ai jamais su répondre... et je n'en comprenais pas le « pourquoi ». Je me sentais coupable de cette action « répréhensible ».
Plus tard, j'avais environ 50 ans, je participais à un stage mixte lorsque ce phénomène s'est reproduit pour la dernière fois. Là encore, comme à chaque fois, je ne connaissais pas la raison, s'il y en avait une, de ces pincements...
Entre ces deux souvenirs plusieurs relations, que j'aurais aimé devenir amoureuses ou très amicales, se sont terminées dès le départ par mon besoin de pincer ma partenaire... Vous imaginez la surprise de ces jeunes filles ou de ces femmes qui se font pincer par quelqu'un qui leur semble amical!
À chaque fois j'éprouvais un malaise profond, et j'en ressentais de la « honte ». Bien sûr je ne comprenais toujours pas pourquoi je pratiquais ces pincements. Malaise engendré par mon insatisfaction et par le rejet de ces partenaires déçues et bien souvent en désir de vengeance.
Un jour, ma sœur aînée, qui a six ans de plus que moi, vient chez moi passer un week-end. Lors de nos nombreux échanges, elle me dit: « il faut que je te dise quelque chose que je ne t'ai jamais dite ». Et de continuer:
« Te souviens-tu de ces photos où je te portais dans mes bras quand tu étais tout petit? Il faut que je te dise qu'à l'époque je m'amusais à te pincer pour que tu te mettes à pleurer. Alors seulement je pouvais te faire un câlin pour te consoler. »
J'ai compris à ce moment-là ce qui m'arrivait: ayant envie de leur faire un câlin, je pinçais mes futures conquêtes pour pouvoir les avoir dans mes brais en les consolant...
Je n'ai jamais plu eu cette envie de pincer... Et mes relations se sont améliorées. »
Comment voulez-vous que ce client sache "pourquoi" ce fonctionnement était « enregistré » en lui depuis les quelques jours et les quelques mois qui ont suivis sa naissance si la personne qui les lui a appris (par sa pratique) ne lui en parle pas? Ou si une personne plus âgée que lui, de son entourage de l'époque, ne lui en parle pas?
La sœur du client a certainement connu, elle-même, de la part de ses parents ou d'autres éducateurs, des comportements équivalents à ceux qu'elle pratiquait. C'est comme cela qu'elle les a appris et c'est pour cela qu'elle les a pratiqués. D'où l'importance de l'exemple donné par la parentèle !...
Si cette sœur aînée n'avait pas eu la bonne idée de lui raconter ce fait, jamais ce client n'aurait pu éclaircir ce qui le poussait à reproduire cette relation « affectueuse ».
Bien d'autres "histoires" peuvent être racontées pour illustrer ces manières de vivre notre vie qui nous animent, mais dont nous ne connaissons pas la provenance...
Il nous faut bien comprendre que si nous avions connaissance des raisons qui nous font agir de manière inconsciente, nous n'aurions plus besoin de les pratiquer...
Ce qui veut dire que je ne pourrai jamais répondre à cette question du « pourquoi je fais ceci ou pourquoi je fais cela ».
Par contre, ce que je peux voir, observer puis changer, en moi, c'est le COMMENT: comment cela s'enclenche-t-il? C'est pourquoi il est important de m'observer dans l'action. Il ne s'agit pas de me piéger, ni de m'épier, non, mais de m'observer.
M'observer c'est constater, sans jugement, ce qui se passe et comment cela se passe en moi.
Par exemple: je peux observer la montée d'une peur en moi, et « toucher du doigt » les mécanismes psychologiques qui provoquent cette montée: comment je me laisse prendre à mon propre jeu, puis ce que je rajoute à cette peur pour me faire encore « d'avantage plus peur », puis ce que je me raconte pour me donner une ou plusieurs bonnes raisons d'avoir peur, etc...
L'observation est neutre: celui qui s'observe ne juge pas si ce qui se passe ou si ce qu'il pense est bien ou est mal; il constate simplement que cela se passe ainsi, et que, pendant ce temps, je pense comme ça.
Une fois que j'ai remarqué la manière dont je fonctionne et surtout: comment cela se "fabrique-t-il" en moi (en face de l'autre ou sans l'autre) je peux - avec délicatesse et amour de « Qui_Je_Suis » - entreprendre une rééducation de la manière de créer mes propres pensées ou/et mes propres actes...
Cela ne veut pas dire que je trouverai la raison de ce fonctionnement, mais en tous les cas je pourrai me séparer de ce qui me rend mal à l'aise avec moi-même et/ou en décalage avec « Qui_Je_Suis ».
Si ces comportements ou ces gestes m'assaillent, c'est que je les ai appris de ceux qui m'ont éduqué. Comme eux les ont appris de ceux qui les ont éduqués à leur tour...
En conclusion, la seule solution pour rompre mes habitudes des comportements qui me rendent perplexes sur moi-même et qui me font dire « pourquoi ? » c'est de m'observer. De cette observation peut naître une modification de ces comportements qui me troublent.
Et, pour m'observer, il m'est nécessaire d'accepter de vivre ce qui me trouble, pleinement, sans jugement sur soi, et sans réserve sur soi...
Ce n'est pas facile de me laisser vivre ce qui me gêne profondément, et encore moins de trouver un (ou des) partenaire(s) qui m'aide(nt) dans cette démarche, mais c'est une solution efficace pour pouvoir modifier ces comportements qui me troublent.
Bien sûr, je peux me faire aider par des professionnels (Thérapies psycho-corporelles, Gestalt thérapie, Sophrologie, Thérapies comportementales, Psychothérapies, etc...) si je ne parviens pas à me libérer de ces manières de vivre ma vie qui me dévient de ma profondeur, qui me dévient de « Qui_Je_Suis ».
(Vous pouvez lire l'article de David Servan Schreiber sur le sujet - Psychologies Magazines n° 248)
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