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AMOUREUX

 

  

 

Deux niveaux interviennent dans l’état amoureux . L’un est physique et hormonal, l’autre est psychique et mental.

 

«Niveau PHYSIQUE et CORPOREL»

 

Lorsque je deviens amoureux/amoureuse, je me transforme en un véritable laboratoire de biochimie moléculaire et hormonale : des flots de testostérone, d’ocytocine, de lulibérine et d’endorphine se déversent dans mon sang en bien plus grande quantité que d’habitude…

Tout commence par l’émission de testostérone qu’hommes et femmes nous produisons tous. Celle-ci me pousse à chercher à me nicher. Ce besoin de me nicher se met en forme dans  la rencontre avec «  un autre que moi » pour me sentir « pris en soin [1] », puis pour m’accoupler et enfin me reproduire.

Suit un flot de lulibérine qui me pousse à passer à l’acte sexuel proprement dit. Elle m’aide à rechercher et à produire la caresse, le contact physique avec un besoin de « toujours plus » en compagnie de «  l’autre que moi ». La relation sexuelle dont font partie les jeux amoureux peut prendre un tournant érotique et de plaisirs intenses grâce à la désinhibition de la pudeur que cette hormone permet [2].

 

Me voilà engagé(e) dans un corps à corps où chacun tente de « lâcher prise » et pour m’abandonner à mon propre plaisir aux côtés et en partenariat avec le/la partenaire choisi(e). Apparaît alors la jouissance et l’explosion conjointe des endorphines dont le rôle est de modifier l’état de conscience ordinaire (lorsqu’elle est émise en grande quantité). SI les partenaires ont réussi à quitter leur désir de satisfaire l’autre ou le besoin de le dominer, émerge alors un état d’euphorie ou d’extase délicieuse que le langage commun nomme « le septième ciel » et que les sages du Tantra nomment le « Nirvana ».

Le Docteur M. Reynaud [3] explique que c’est dans ces moments de confusion des sens qu’apparaît l’ ocytocine qui serait l’hormone de l’attachement. C’est pourquoi chacun des partenaires tend à vouloir s’approprier le partenaire qui lui procure ces plaisirs et les conséquences qui s’ensuivent… Cette volonté d’être propriétaire (exclusif) de l’autre, certains la nomme vulgairement « amour » alors qu’il ne s’agit seulement que de l’affection [4].

Ce cocktail des trois hormones qui circulent dans mon sang favorise l’apparition de la dopamine qui encourage le passage à l’acte volontaire, l’acte « en faveur de ». « C’est la dopamine qui nous pousse à agir, à oser, à relever des défis » écrit le Dr. M. Reynaud.

 

Lors de la disparition de l’objet de mon attachement, je comprends que la diminution de cette dopamine qui s’en suit me rend dans un état de déroute par rapport à l’état précédent qui était « sur-motivé » : déprime, maux d’estomac, angoisses, etc… surviennent alors.

 

«Niveau PSYCHIQUE et MENTAL»

 

 

Ainsi que le rappelle la revue « Psychologies » n° 206 de décembre 2006 [5], « on sait que l’alchimie amoureuse naît de la rencontre de deux inconscients qui se choisissent. Une gestuelle, un grain de peau, une façon de dire ou d’être viennent réveiller ce qui sommeillait au plus profond de nous et réactiver à notre insu notre mémoire affective la plus ancienne, celle de nos premiers liens ».

 

 

«ORIGINE»

 

Les premiers liens « affectifs » sont ceux qui sont créés dès ma naissance [6], d’abord et avant tout avec ma mère. N’oublions pas que, fœtus, je vivais « comme maman » lorsqu’elle me portait :: j’étais « une partie d’elle ». Tel un foie, un estomac ou un rein, je vivais les frayeurs, les chocs, les colères « de l’intérieur ». Tel un poumon, je respirais avec elle et selon son rythme. De même, je me nourrissais de ce qu’elle mangeait, y prenant déjà un avant-goût…

Puis, selon le cas, bébé, j’ai découvert mon père, mes frères et sœurs, et le restant de ma famille (grand-parents, oncles et tantes, cousins et cousines, etc…) et j’ai créé des liens avec eux.

 

Il est certain que la manière dont j’ai vécu l’établissement de ces premiers liens (contrainte ou autorisation) conditionne les conditions de mes rencontres amoureuses, car elles réactivent, de manière inconsciente,  ma mémoire affective :

• je peux, par exemple, avoir besoin de réparer des relations antérieures vécues avec beaucoup de difficulté,

ou bien encore :

 

• je peux avoir envie de vivre des relations à l’image de celles que j’ai vécues et prendre plaisir à me glisser dans mes comportements infantiles en face de mon ou de ma partenaire,

 

mais je peux, tout aussi bien, avoir envie de venger une relation antérieure qui me reste inacceptable et, par ce moyen, croire que je pourrais réparer mon passé.

 

Autrement dit, dans l’acte amoureux je suis manipulé par mon passé : ce qui a été inaccompli en moi [7], j’ai besoin de  le rejouer. Cette manipulation n’est pas – bien évidemment – consciente, sinon je n’aurai pas besoin d’aller me confronter à cette situation qui me permet de « me rejouer » en face d’autrui.

 

«MÉCANISME»

 

Le « mécanisme amoureux » est proche de ce qu’est l’addiction [8] puisque ce mécanisme active une dépendance dont les effets sont de cacher la réalité de soi en face d’autrui. Cette dépendance est celle qui me permet de croire que je vais trouver chez l’autre ce qui me manque en moi et que je recherche depuis la fin de mon enfance.

 

Ce que je recherche en moi et que je n’ai pas encore trouvé c’est ce que mon éducation m’a appris à cacher aux yeux des autres parce qu’elle considérait que ce n’était pas bon ou pas bien à faire connaître ou à exprimer.

 

Il fallait cacher ce que je sentais au travers de mes cinq sens, cacher ce que j’éprouvais au travers de mes sentiments. Parce que, par exemple, « ça ne se dit pas », que « c’est sale » ou que de manière plus puritaine et hypocrite « c’est mal élevé ».

 

Cette dépendance est aussi le fruit de la frustration qui me pousse à vouloir rejouer tout ce que je n’ai pas encore pu jouer ou m’autoriser, du fait des contraintes éducatives ou sociales, ou que je n’ai pas encore pu ou su retrouver en moi.

 

Alors que je crois que le « mécanisme amoureux » me fait croire que ce que je vis est nouveau pour moi, me voilà, en réalité, « à la recherche » d’une manière de vivre mes affects qui ressuscite mon passé affectif.

 

C’est un geste, un regard, un sourire, le ton de la voix, la couleur des yeux, le grain de la peau, la forme des oreilles, l’aspect du nez, la fossette, la coupe de cheveux, leur couleur, la tache de rousseur, la ride au coin de l’œil ou de la lèvre, la démarche qui me met en contact avec les souvenirs de mon passé révolu que j’ai converti en « souvenir du bon vieux temps », celui où la chaleur du giron maternel m’était douce, qui déclenche le réveil de ce qui sommeille en moi : l’attente de pouvoir combler - enfin - ce qui a été oublié pour que je puisse « devenir adulte » ou « devenir moi ». C’est en quelque sorte un appel au « retour aux sources », mais avec une possibilité que je n’avais pas lorsque j’étais bébé ou enfant : la possibilité d’être l’égal du partenaire affectif « qui me touche » alors qu’enfant je ne le pouvais pas, puisque je lui étais soumis.

 

Il m’est important de comprendre et d’accepter le mécanisme qui m’a conduit jusque là.

 

Dans mon enfance, j’ai « habillé » ce que représentait « mon père » et ce que représentait « ma mère » de tous les pouvoirs, de toutes les capacités. (J’ai fait de même en ce qui concerne mes frères et sœurs s’ils étaient plus âgés que moi). Ainsi, schématiquement, et, par exemple,

 

• à partir de l’autorité de ceux qui me dominaient, j’ai construit le schéma, l’image de ce qu’est, pour moi, l’autorité . Parce que je suis né dans une société où l’autorité est « masculine », j’ai assimilé cette représentation de l’autorité, que je me suis faite, à l’autorité paternelle. Et, parce que j’ai besoin de me référer à mes concepts, cette autorité paternelle que j’ai bâtie pour mes besoins personnels et à mon usage exclusif, je lui ai aggloméré toute forme d’autorité à laquelle se soumet l’autorité réelle de mon père dans sa vie réelle du temps de mon enfance.. Tout cela j’en ai fait ma base d’évaluation de ce qu’est, pour moi, l’autorité. Et, dans mon échelle personnelles des valeurs, au-delà c’est la tyrannie, en-deça c’est du laxisme.

 

• à partir de l’affection que j’ai reçu des personnes qui m’entouraient dans mon enfance, j’ai construit le schéma, l’image de ce qu’est, pour moi, l’amour maternel.  Par extension, tout ce que j’ai reçu comme expression d’une forme d’affection je l’ai assimilé à ce qu’est pour moi « l’amour ». J’y ai aussi « ajouté » une notion beaucoup plus large que celle de l’affection reçue et apprise en exemple : j’y ai ajouté ce que j’aurais souhaité recevoir en compensation des frustrations que j’ai ressenties dans les situations de désamour que j’ai vécu dans ma jeunesse. Tout cet ensemble constitue, pour moi, « ma base » pour aimer : au-delà c’est la folie, en-deça c’est du désamour…

 

Approche complémentaire:

 

• La plupart des garçons voient dans leur père le modèle de ce qu’ils seront demain et la plupart des filles voient dans leur mère le modèle de ce qu’elles seront demain. (Sauf bien sûr en cas d’opposition). Ainsi l’enfant attribue-t-il à son parent de référence (du même sexe) toutes les qualités requises [9] pour l’aider à devenir adulte « à l’image » de son parent auquel il s’identifie. C’est sa manière de définir ce qu’est « être adulte ».

 

• La plupart des garçons voient dans leur mère la femme idéale avec laquelle ils désireront s’unir, à l’image de la relation amoureuse qu’entretenait leur père avec sa femme. Symétriquement la plupart des femmes voient dans leur père le modèle de l’homme idéal avec lequel elles désireront s’unir, à l’image de la relation amoureuse que leur mère entretenait avec son époux.

 

Et c’est là que les choses se compliquent. En effet, les enfants « savent » très bien que leurs parents « s’aiment » puisqu’ils sont le fruit de leur amour. Mais le quotidien du couple n’est pas toujours aussi équilibré ou aussi convivial que cela serait souhaitable pour l’exemple donné à l’enfant . L’enfant est témoin des divergences plus ou moins rudes qui s’expriment sous ses yeux lorsque ses parents en se déchirent de la voix ou du geste…

 

L’enfant apprend vite que ces secousses relationnelles de ses parents, qui sont conflictuelles, sont le fruit de l’insatisfaction de l’un à l’égard de l’attitude de l’autre et réciproquement. Il comprend vite que l’insatisfaction de l’un résulte de l’attente, par l’un, d’un retour d’affection non satisfait par l’autre. Aussi, pour recevoir l’affection de son père ou de sa mère lui faut-il se glisser dans les attentes de l’un et dans les attentes différentes de l’autre. C’est pourquoi il tente désespérément de satisfaire les attentes de l’un et les attentes de l’autre pour être un « bon enfant digne d’être aimé ». Ce qui conduit l’enfant à être mieux que bon enfant vis à vis de ses parents uniquement pour recevoir en retour un agrément de cette satisfaction. Ce n’est pas de l’amour, c’est l’apprentissage de la pratique du marchandage affectif que j’exprime ainsi: « puisque je t’aime tu me dois en retour ceci ou cela »

 

En même temps l’enfant apprend, par l’exemple de ses parents, à faire payer à l’autre ses attentes insatisfaites. C’est l’éducation de sa capacité à se venger d’autrui de ce qu’il ne sait pas satisfaire en lui.

 

Ces « apprentissages » des relations amoureuses sont la base des mécanismes que j’ai besoin de rejouer ou que je cherche au contraire à réparer ou à renier, une fois rendu à l’âge adulte, c’est à dire en capacité sociale de pouvoir s’unir à un nouveau ou une nouvelle partenaire…

 

Ce mécanisme, que je rejoue, est basé sur une histoire imaginaire - un mensonge - que j’enjolive pour garder en mémoire une image globale de ce que j’appelle « l’amour de mes parents » qui convient à mon besoin de merveilleux que mes parents m’ont enseigné au travers de ce qu’ils ont voulu que je croie en  regardant le « Père Noël » et tous les cortèges des contes de fées et autres fadaises.

 

En construisant un conte, sous forme de fantasme, de la vie amoureuse de mes parents j’ai originé le mécanisme de ma recherche d’un partenaire idéal et imaginaire. Puisque idéal et imaginaire, je ne le trouverai jamais, mais je tenterai de l’incarner sous les traits successifs de l’un(e) ou de l’autre de mes partenaires sous des visages différents selon le cas…

 

Ainsi que mes parents m’ont appris à me tromper (à croie au Père Noël), je me trompe sur moi tout simplement. Et, ainsi qu’ils me l’ont appris, je veux plaire et faire plaisir à l’autre pour oublier de me satisfaire.

 

Ainsi puis-je croire que mon bonheur réside dans le bonheur des autres. C’est à dire que je crois que je peux être heureux à condition que les autres soient – eux -  préalablement heureux d’abord.

C’est dans le jeu de la satisfaction de l’autre que se joue la relation amoureuse… Pour être certain de s’insatisfaire soi… Ce qui me conduit immanquablement à la frustration, à l’insatisfaction, à la désillusion.

Mais je n’en prends conscience que lorsque la réalité s’est déshabillée du « fantasme » que j’avais projeté sur la compagnie de l’autre. Compagnie devenue indispensable pendant la période de l’état amoureux…

Je peux d’ailleurs me demander ce que signifie cette rencontre avec l’autre dont je « tombe amoureux » : inconnu(e) deux minutes avant, « il » ou « elle » devient, non seulement indispensable, mais je ne peux plus vivre sans ce ou cette partenaire…

Comme si, dans l’état amoureux » me voilà relié(e) au sein maternel pour un acte de « nourrissement » du « moi » au travers de la dépendance à l’autre.

Ce qui m’amène au fond du problème : l’état amoureux n’est-il pas une bonne manière de m’en remettre à l’autre pour être certain de ne pas m’occuper de moi, pour être certain de ne pas me satisfaire, de ne pas me voir vivre et de ne pas m’observer… Pour oublier que mon destin est individuel et « solitaire ». Car, je le sais bien, et cela ne fait pas parti du fantasme, il n’y a que « moi » qui meurt à la fin de ma vie.

La réelle et unique question qui se pose à moi est la suivante : pourquoi chercher à satisfaire les autres si c’est pour récolter, moi, de l’insatisfaction ? Rien ne m’oblige à vivre la relation d’amour [10] (et non le relation amoureuse) dans une telle dépendance.

Apparemment, cela fait partie des expériences d’occidentaux, développés du mental, que nous devons vivre et qui sont très coûteuses en énergie psychologique [11].

Pourtant, il m’apparaît indispensable de passer par cet « état amoureux », qui est une situation de liens affectifs et de dépendance à l’autre, pour, en pleine connaissance de mes fonctionnements, m’en libérer. Et, au lieu de continuer à jouer « le jeu des autres » sur la grande scène de la comédie humaine de l’affectif humain, je peux m’apparaître tel que « Je_Suis » en cherchant à m’honorer et à me satisfaire …

Satisfait, je suis heureux de vivre. Puisque satisfait : je suis disponible à moi-même. Je peux alors satisfaire mes nouvelles demandes et partager ma satisfaction avec celle des autres.

 


[1] A l’image, et peut-être en souvenir, de l’enfant que j’ai été et qui a été « pris en soin » par ma mère dès ma naissance.

[2] Nous voici confronté au rôle du mental dans l’acte amoureux : les règles mentales ou religieuses ainsi que la peur du regard de l’autre ou la peur de ce qui est inconnu prennent  le pouvoir sur l’individu « éduqué »le privant de cette pulsion vitale jusqu’à l’annuler.  Ainsi naît la frustration qui dit quelque chose comme ceci « je n’ai pas osé en profiter » ou encore « j’ai eu peur de saisir la balle au bond ».(lire les pages «  Fonctionnement de l’Être Humain »)

[3] Psychiatre, auteur de « L’amour est une drogue douce en général » - Robert Laffont, 2005

[4] ce qui m’affecte : c’est ce qui me plaît ou me déplaît chez l’autre. Si ce qui me plaît est supérieur à ce qui me déplaît je vais pouvoir entretenir une relation « affective » que je vais « habiller » du mot générique « amour ». Mais la relation qui m’affecte (la personne pour laquelle j’éprouve de l’attachement, à laquelle je me sens attachée, dont je me sens propriétaire), cette relation peut être tout sauf Aimer. (Lire «  Aimer »)

[5] article «  Pourquoi c’est si bon d’être amoureux » de Favia Mazelin Salvi et Isabelle Taubes.

[6] Lire «  Conditionnement » et «  Dualité » (notamment « En matière de couple et de relations affectives que se passe-t-il? »)

[7] lire les pages « Fonctionnement de l’Être Humain » et notamment « Je m’inaccompli » et « Je m’accomplis »

[8] assuétude, dépendance, accoutumance, habitude. Le besoin de drogue, du tabac ou de l’alcool est typique de l’addiction.

[9] Même si le parent ne possède pas les qualités dont son enfant le pare, l’enfant est persuadé qu’il les possède jusqu’à ce qu’il se rende compte – fort tard – que le parent ne possède pas ces qualités que l’enfant est seul à posséder…

[10] Lire «  Aimer »

[11] peut-être à l’image de la débauche, aussi très coûteuse, des dépenses énergétiques de notre univers matérialiste dit développé ?

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